Depuis le temps que vous me lisez, vous savez à quel point je peux gamberger et poser des théories farfelues sorties de nulle part, faire d’un sujet presque anodin un pamphlet plus complet que le théorème de Pythagore et trouver des solutions à des situations qui ne sont même pas des problèmes.

Et depuis un moment, voire un très long moment, je réfléchis à un sujet délicat: la culpabilité maternelle. Ce sentiment, TOUTES les mères de la terre le connaissent. Oui, absolument toutes! Elles culpabilisent parce qu’elles ne souhaitent pas allaiter leur bébé, ou parce qu’elles allaitent plus longtemps que ce que la société est prêt à supporter, culpabilisent parce qu’elles déposent leur bébé de trois mois à peine à la crèche pour reprendre le travail, privilégiant leur carrière à leur famille, ou parce qu’elles sont des “femmes” au foyer, n’apportant que leur temps non rémunéré à leurs petits.

Elles culpabilisent de faire un baby blues alors qu’elles devraient se sentir heureuses d’avoir mis au monde un bébé, de ne pas être assez femme ou pas assez mère, de ne pas donner à manger bio à leurs enfants, d’oublier un peu leur mari en ayant pris le visage de la maternité, d’autoriser la tablette après 18h, de laisser leurs enfants à la garderie, de quitter leur père alors qu’elles sont malheureuses, ou de ne pas le quitter alors qu’elles sont malheureuses, de ne pas être carriériste ou de l’être énormément.

Les mères, elles culpabilisent. Tout le temps. Du premier au dernier jour de leur vie de maman

Mais pourquoi culpabilisent-elles autant? Parce que c’est ce que l’on leur apprend. Oui. On nous conditionne à nous sentir mal, et ce, depuis notre enfance. Que dis-je? Depuis la nuit des temps! Parce que lorsque l’on est une fille, on doit être coquette mais pas vulgaire, sérieuse mais pas rigide (pour ne pas être trop frigide à l’âge adulte, faut pas déconner!), et puis surtout, on doit devenir un femme et une mère bien. Qui pense à ses enfants et à son mari mais avant soi, bien avant soi. en fait jamais, ou pas trop. Et surtout, pas trop souvent. Accepter les frasques masculines sous prétexte qu’elles ont des enfants avec, et se sentir prêtes à compenser ce que le père ne fera pas. Travailler temps plein, être moins payée qu’un homme et bien la fermer malgré tout. Se sentir moins compétente qu’une homme à expérience égale, sous prétexte qu’elles ont des enfants. Ne pas se plaindre d’être débordées parce que merde, on a choisi “l’égalité”. L’égalité de quoi, on cherche encore…

Bref, on nous conditionne à nous sentir coupable d’être un être humain, sous prétexte que l’on est de sexe féminin et que l’on a fait des enfants. On ne cesse de nous dire que, quoique l’on fasse, ce n’est pas assez. Ou trop. Ou mal. Que l’on devrait faire comme ceci, ou comme cela, au lieu de nous dire qu’on est des putains de guerrières, on nous dit que ce n’est jamais suffisant.

Je sais ce que vous vous dites: que j’exagère, que je vois le mal(e) partout où il n’est pas. Mais comment expliquer alors tous les messages que des milliers de femmes déposent comme une bouteille à la mer sur les groupes de paroles, les blogs qui parlent de maternité, les demandes de conseils venant de mamans perdues, épuisées, se sentant coupables de tout ce qui se passe au sein de leur famille que je reçois chaque mois, chaque semaine, chaque jour? Je ne l’explique que par ce sentiment intense de culpabilité que ressent chaque mère.

Le poids d’être une mère doit cesser

Mais bordel, pourquoi avoir enfanté doit-il être si lourd à porter? Pourquoi les femmes se sentent-elles obligées de tout porter? Je crois qu’il est temps, sérieusement, d’en finir avec ce sentiment aussi inutile que destructeur, avec cet auto-sabotage que l’on nous inculque depuis qu’Eve aurait soi-disant croqué dans la pomme, et de lever la tête pour enfin se voir comme on est: comme des femmes fortes qui font ce qu’elles peuvent avec ce qu’elles ont, comme des mamans aimantes et terriblement imparfaites, mais dans le bon sens du terme. Comme quelqu’un d’humain qui, avec ses hauts, ses bas et sa réalité, tente de faire ressortir le meilleur de chaque situation mais qui a le droit de dire non, de dire stop et de poser ses limites. Comme des femmes qui tentent de donner du bonheur à leurs enfants, ou de plus simplement de faire face à la vie, avec le sourire et leur réalité qui leur colle aux baskets.

Mais surtout comme des putains de guerrières, des magiciennes, qui arrivent souvent à faire des situations les plus merdiques une chose précieuse dont leurs enfants se souviendront comme un bon moment. Alors levez la tête, bombez moi ce torse, et finissons-en une bonne fois pour toute avec cette culpabilité sociétale. Vous valez tellement plus que ce que l’on voit le fait croire!

Tatiana