C’est arrivé bien plus vite que je ne le pensais. Et pourtant, Dieu sait combien j’ai prié pour qu’enfin tu fasses tes nuits, pour que grandissent et que tu prennes un peu d’indépendance. Depuis peu, tu as fêté tes 10 ans et tu prends, depuis quelques mois déjà, le chemin de l’adolescence. Tu laisses peu à peu tes Légos de côté pour t’intéresser davantage aux jeux video, tu me poses des questions sur la vie et les filles, tu te coiffes tous les matins pour te sentir beau, et puis tu commences à choisir tes vêtements.

T’es beau comme un cœur et relou comme un gamin de 15 ans. Tu es si intelligent et tu es pourtant le premier à faire des blagues idiotes. Dans ton cerveau en arborescence, des milliers de questions que tu me poses toutes en même temps, et ce qui m’agace terriblement, particulièrement lorsque je n’arrive pas à y répondre. Tu passes la moitié de ton temps à faire des blagues idiotes à tes frères et sœur, et puis tu râles. Beaucoup. Sur ce que l’on te demande de faire, sur ce que tu ne peux pas faire… sur à peu près tout en fait. Bref, mon bébé disparaît peu à peu pour laisser place à un adoles(chiant)cent.  La preuve en est, tu passes désormais la moitié de ta vie à écouter de la musique dans ta chambre plutôt que dans mes jupes.

Mon grand, je vais être honnête avec toi: je n’ai pas vu filer ces années, tes dix premières années. Mes dix premières années de maman. Nos dix premières années ensemble. J’étais trop occupée à me chercher, à me tromper de route et me prendre des murs, à tricoter et détricoter une vie bien étrange. Et parfois, je m’en veux de t’avoir fait vivre tout cela. Toutes ces incertitudes, toutes ces difficultés de grands, tous ces changements. On peut dire que l’on ne t’a pas épargné.

Mais aujourd’hui… je crois que les choses sont un peu différentes. Déjà parce que je sais que l’on ne sait rien, et que je me suis rendu compte en cherchant que le chemin n’est pas tracé d’avance, mais que c’est à nous de le créer.  Alors mon grand, toi et moi, et les quatre autres mousquetaires qui constituent notre famille désormais recomposée, on va faire un deal: on va essayer de moins se prendre la tête et se créer notre propre chemin. Un truc pas parfait et un peu biscornu comme nos esprits tordus, mais rempli d’un joyeux bordel. Une route bruyante et qui secoue comme nous mais remplie d’amour et de pétage de plombs, et puis débordant d’amour comme on sait le faire.

On va continuer de faire mille trucs, de courir partout, de se faire des câlins et de s’engueuler, de parler à table et d’être un peu trop bruyants pour les autres. Et surtout de ne pas faire trop attention aux plans sur la comète et aux cases dans lesquels les autres voudraient nous mettre. Et tu verras, comme ça on sera nous et se sera bien. Je sais que je n’ai pas su te protéger de grand chose, ni t’éviter certaines souffrances de la vie, mais je te promets que je vais te montrer comment on rebondit encore plus haut que de là où l’on était avant de tomber. Parce que ça tu vois, je suis certaine que cela te servira quand tu seras grand.

                                          

Ce magnifique pré-adolescent porte (tellement bien) la collection cérémonie de chez Tape à l’œil.

Tatiana