Il y a quelques jours, mon papa est venu me rendre visite une vieille caisse aux bras. Et pas n’importe quelle caisse, non, mais plutôt un morceau de mon passé. Plus que ça en fait, un morceau de mon identité. Dans cette caisse, il y avait pas mal de brols, d’objets obsolètes et insignifiants, mais aussi des photos de famille et un portfolio, que j’avais dû faire pour ma première année d’études. Le but était de me présenter, mais aussi de présenter mon univers, mes envies, la vision que j’avais de mon futur.

J’ai donc ouvert ce fameux portfolio. Je l’ai fait comme si j’ouvrais le journal intime d’une jeune inconnue, comme si je ne connaissais pas celle qui avait rédigé ce travail. Parce qu’en vrai, je ne me souvenais pas de celle que j’étais lorsque j’avais 19 ans. Pire, je tentais de la fuir. Dés la présentation, je me sentais comme un peu envieuse de cette jeunette. Elle avait 19 ans, la vie devant elle et elle ne savait RIEN. Elle vivait sa première vie, son premier amour aussi naïvement qu’on peut le faire à 19 ans. Elle ne savait rien de la déception, des embûches, des difficultés, de la tristesse, de la vraie vie… et elle souhaitait plus que tout construire. Elle se voyait dans une petite vie simple et, son diplôme sous le bras, fonder une famille digne des contes de fée.

La femme de 35 ans que je suis aujourd’hui se riait légèrement de cette petite fille si naïve, et avait surtout envie de la secouer en lui disant “Meuf, arrête un peu de rêver parce que franchement, ta vie elle n’aura rien magique. Tu vas galèrera, te désenchanter, te brûler les ailes même, puis ça ira mieux mais ce sera toujours beaucoup trop compliqué. Alors ne t’emballe pas trop, ou tu devras te préparer à encaisser”Je vous l’avoue, à cet instant précis, si je m’étais eue en face de moi (c’est très bizarre comme construction de phrase, mais je pense que tu as compris), je me serais dit de me poser, de réfléchir et d’arrêter de foncer.

Mais j’ai continué ma lecture, jusqu’au moment où j’ai lu “Plus tard, j’aimerais avoir trois enfants. Je viens moi-même d’une famille nombreuse et j’adorerais revivre l’ambiance qui ressort de ces familles. Et puis je sais une chose: c’est qu’avoir des enfants est la chose la plus merveilleuse qui soit”. Alors je me suis arrêté de lire, me demandant d’où me venait exactement cette envie si incroyable de devenir maman et de fonder par dessus tout. Et puis j’ai compris.

Celle que je ne dois pas oublier

J’ai compris qui j’étais, et finalement qui je suis depuis toujours. Cette fille de 19 ans, qui me semblait bien différente de la femme de 35 ans que je suis aujourd’hui, était toujours présente. Parce que si la trentaine semble parfois porter le poids des décisions loufoques de la naïve moi de vingt ans à peine, c’est cette jeunette qui porte en elle la lumière. Elle voyait le bien des situations et des gens, n’avait pas peur de souffrir et s’imaginait que tout allait bien se passer. Elle ne doutait pas, et elle tentait simplement de trouver le chemin vers le bonheur. Et bien qu’elle se soit trompée sur bien des points, elle a juste tenté de construire son cocon de bonheur. Elle croyait. En elle, en la vie, en l’amour. Et elle avait raison.

Alors si j’avais la moi d’il y a 17 ans devant moi, je ne la secourais finalement pas. Je lui dirais: Meuf, n’arrête surtout pas de rêver. Tu vas galérer, te désenchanter, te brûler les ailes même parfois, mais ta lumière te montrera le chemin vers ce qu’il y a de mieux: l’amour, la maternité, le changement, le bonheur, la vie…Ce sera souvent TRES compliqué, mais ta vie, sur bien des aspects, aura TOUT de magique. Parce que la magie est en toi, et que c’est ce que tu portes en toi qui la rends parfaitement imparfaite. N’oublie pas que la lumière est en toi, ne réfléchis pas et fonce”.

Grâce à ce portfolio retrouvé, petit cadeau de l’univers, et après quelques semaines compliquées, j’ai retrouvé ma lumière. Il m’a re-nourri de l’essence même de ce que je suis. Il est donc temps de faire la paix avec cette jeunette, et de ne faire plus qu’un avec elle, pour vivre l’un des plus grands moments de ma vie nouvelle. Vivre ma deuxième vie, mon deuxième amour aussi naïvement qu’on peut le faire à 35 ans. En oubliant tout (ou presque) de la déception, des embûches, des difficultés, de la tristesse… Et construire à six. Vivre avec lui, mes merveilleux enfants que j’ai tant voulu, et son adorable fils, notre famille digne des contes de fées modernes. Pour le meilleur, en ne pensant pas au pire.

Et la lumière (re) fut.

 

Tatiana